Apocalypse 7, 2-4, 9-14 / Psaume 23 (24) / 1 Jean 3, 1-3 / Matthieu 5, 1-12a
Bien chers frères et sœurs, aujourd’hui l’Église universelle, célèbre la solennité de la Toussaint. Je voudrais que nous méditions sur la signification de cette solennité, sur la figure du saint et sur la voie pour avancer dans la sainteté.
Il convient de préciser qu’à la célébration de la Toussaint, il s’agit de l’Église pérégrinante qui communie à la joie de l’Église triomphante. En célébrant encore cette solennité aujourd’hui, l’Église reconnaît l’immense foule des saints et saintes qui, célébrés officiellement ou pas, siègent désormais devant le trône de Dieu chantant sa gloire. C’est cela que nous dévoile la première lecture. Dans ce passage, saint Jean atteste ceci : « … j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 9).
Ce verset nous plonge dans la signification même que nous pouvons donner à cette solennité. Il s’agit de comprendre que la sainteté n’est pas l’apanage, le monopole ou le privilège d’une catégorie de personnes. Elle n’est ni européenne, ni africaine, ni asiatique, ni sacerdotale, ni religieuse, ni laïque. Il n’y a qu’une seule sainteté cultivée par tous ceux que conduit l’Esprit de Dieu.
La sainteté concerne tous les hommes et toutes les femmes créées à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26). Il s’agit de l’invitation de Dieu lancée à tous à pouvoir l’imiter, à devenir comme Lui : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19, 2). Ces expressions johanniques renvoient aussi à l’idée de ce que l’Église enseigne en ce qui concerne la sainteté comme une vocation commune et universelle de tous les baptisés, quel que soit leur état ou leur forme de vie (Lumen Gentium 40 § 2).
La solennité de la Toussaint nous permet aussi de réfléchir sur la figure d’un saint. Qui est saint ? La première lecture nous éclaire lorsqu’elle précise : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau » (Ap 7, 14). Nous pouvons dire, à la lumière de ce verset, que les saints sont ceux qui ont vécu notre vie terrestre, qui ont connu les épreuves de la souffrance et de la maladie, qui sont tombés dans les pièges du péché, mais qui ont su, en tout cela, compter sur la grâce de Dieu.
Dans un langage simple, les saints ne sont pas pris parmi les anges, mais parmi les hommes pécheurs parvenus, dans leur chute, à faire confiance au Seigneur et à entendre sa voix qui leur dit : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Les saints sont ceux-là qui ont été purifiés et justifiés par le sang de l’Agneau. Et le psalmiste nous les présente aujourd’hui comme : « L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles » (Ps 23 (24), 4). Les saints sont ceux qui, malgré leur faiblesse, sont restés fidèles à l’unique vrai Dieu. Il s’agit de ceux qui ont choisi de faire de Dieu la raison de leur existence.
La célébration de la Toussaint doit nourrir en chacun de nous ce goût de la sainteté. Même si, comme l’élucide la deuxième lecture : « Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté », chacun de nous doit brûler de ce désir de communion avec Dieu car, « nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables » (1 Jn 3, 2). Il est important de savoir que, c’est ce désir, accompagné de notre foi ardente et de nos efforts permanents qui nous permettront d’avancer sur le chemin de sainteté.
Ainsi, il convient de croire comme Thérèse de Lisieux que le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables ; nous pouvons donc, malgré notre petitesse, aspirer à la sainteté. En la désirant toujours, nous comprendrons que la sainteté n’est pas loin de nous. Elle n’est pas non plus un chemin à craindre. Chaque jour, nous pouvons nous y exercer. Et pour ce faire, l’évangile de ce jour, nous propose un chemin à suivre, un programme de vie à mettre en pratique : les béatitudes.
La tendance la plus fréquente pour ceux qui veulent s’avancer sur le chemin de sainteté, c’est de la rechercher dans les choses extraordinaires, dans des dévotions spéciales, dans des pratiques sensationnelles, oubliant que la sainteté peut nous surprendre même dans les choses les plus simples et les plus banales de notre quotidien. Voilà pourquoi pour nous avertir, Thérèse de Lisieux écrit : « La sainteté n’est pas dans telle ou telle pratique, elle consiste en une disposition du cœur qui nous rend humbles et petits entre les bras de Dieu ». C’est cela la voie des béatitudes qui se présentent à nous comme une contradiction de ce que nous prêche le monde.
Les béatitudes comme chemin de sainteté signifient : que le vrai bonheur se trouve dans une vie vertueuse, une vie pleinement vouée à Dieu. Il s’agit d’un chemin qui implique un dépassement de soi, pour se remettre totalement à Dieu. Contrairement au bonheur de ce monde qui résulte du fait d’avoir, de pouvoir et de savoir, le bonheur que nous propose les béatitudes est donné aux pauvres de cœur, aux affamés et assoiffés de justice, aux miséricordieux, aux hommes au cœur pur, aux artisans de paix, aux persécutés pour la justice et la vérité, aux humbles et aux doux de cœur à qui le Seigneur dit : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 12).
Bien que pour notre société la sainteté semble un fait démodé, répugnant ou banal, pour nous chrétiens, elle est une grâce offerte à tous, qui ouvre au banquet de l’éternelle joie de Dieu. Même si le monde pense que la sainteté est promise à ceux qui ont échoué leur vie ou qui ont refusé de vivre épanoui, elle demeure pour nous une valeur inestimable et une quête permanente. Demandons aujourd’hui la grâce de désirer constamment de faire partie des saints et saintes de Dieu.
Par: Jules Kambale Katembo, M.Afr.











