Cinquième dimanche de Pâques, année A

Actes 6, 1-7 / Psaume 32 (33) / 1 Pierre 2, 4-9 / Jean 14, 1-12

Marcher avec le Christ : le seul chemin sûr vers le Père

Un prêtre visite Lomé pour la première fois. Ne connaissant pas les lieux, il arrête un passant et lui demande comment prendre un bus ou un taxi pour Atakpamé. L’homme répond simplement : « Passez sous le pont et vous trouverez des véhicules qui vont là-bas. » Le prêtre le remercia, puis, peut-être avec une touche de zèle missionnaire, ajouta : « Et je te montrerai le chemin du ciel ». Le passant éclata de rire et dit : « Vous ne connaissez même pas le chemin d’Atakpamé, et vous voulez me montrer le chemin du ciel ? » 

Cet échange simple met en lumière de grandes questions humaines : qui connaît vraiment le chemin ? Et surtout, à qui peut-on faire confiance pour guider les autres ?

Dans l’évangile d’aujourd’hui (Jn 14, 1-12), Jésus aborde précisément cette tension. Thomas exprime ce que beaucoup ressentent : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas ; comment connaîtrions-nous le chemin ? » Jésus répond par l’une des plus profondes déclarations de toute l’Écriture : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».

Ce n’est pas un ensemble d’instructions. C’est une affirmation d’identité. Pour en saisir la portée, nous devons nous plonger dans l’univers juif dans lequel Jésus vivait. Dans l’Ancien Testament, « la voie » n’était pas simplement un itinéraire à suivre, mais un mode de vie conforme à la volonté de Dieu. La Loi, la Torah, était souvent décrite comme « la voie » (cf. Psaume 119). Marcher dans la voie du Seigneur signifiait vivre selon ses commandements. De même, la vérité (en hébreu emet) ne renvoyait pas seulement à l’exactitude factuelle, mais à la fidélité, c’est-à-dire à la fiabilité inébranlable de Dieu envers son alliance. Et la vie n’était pas seulement une existence biologique, mais une participation à la vie même de Dieu, une bénédiction découlant de l’obéissance et de la relation avec Lui.

Jésus rassemble tous ces éléments et les concentre en Lui-même. Il ne dit pas : « Je vais vous enseigner une voie », comme le ferait un rabbin. Il dit : « Je suis la voie ». C’est radical. Cela signifie que l’accès au Père ne passe plus principalement par un système, un lieu ou même une loi, mais par une personne. Le Temple, la Loi, les sacrifices, tout trouve son accomplissement en Lui. Il est le chemin vivant. 

Il ne dit pas : « Je vous dirai la vérité », mais « Je suis la vérité ». En Lui, la fidélité de Dieu s’incarne. Chaque promesse que Dieu a faite à Israël trouve son « oui » en Christ. Le connaître, c’est faire l’expérience de la fiabilité même de Dieu.

Et il ne dit pas : « Je vous donnerai la vie », bien qu’il le fasse mais, plus profondément : « Je suis la vie ». La vie qu’il offre n’est pas extérieure ; c’est une participation à sa propre vie divine. C’est pourquoi il peut dire : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes. » Le croyant n’est pas seulement guidé, il est transformé.

Ainsi, lorsque le passant à Lomé s’est moqué du prêtre, il avait raison dans un sens : une personne qui ne connaît pas le chemin ne peut guider les autres. Mais Jésus n’est pas comme ce prêtre. Il ne devine pas le chemin vers le Père. Il vient du Père. Il est le chemin parce qu’Il est un avec le Père.

Théologiquement, ce texte nous invite à comprendre le Christ à son niveau le plus profond : Jésus est la révélation définitive de Dieu, ne se contentant pas de pointer au-delà de lui-même, mais incarnant la réalité même de la présence de Dieu. Pour le croyant ordinaire, il offre quelque chose de puissant : vous ne naviguez pas dans la vie avec une carte seule. Vous marchez avec une personne qui est le chemin.

Et cela change tout. Le christianisme n’est pas avant tout un système moral, ni un cadre philosophique. C’est une relation. On ne « découvre » pas le chemin ; on le suit. On ne « construit » pas la vérité ; on la rencontre. On ne « s’assure » pas la vie ; on la reçoit de Lui.

Dans un monde où de nombreuses voix prétendent montrer le chemin – idéologies, technologies, chemins tracés par soi-même –, Jésus se distingue. Sa revendication est exclusive, certes, mais aussi profondément personnelle : « Nul ne vient au Père que par moi. » Ce n’est pas une barrière, mais une invitation.

La vraie question, alors, n’est pas de savoir si le chemin existe. C’est de savoir si nous sommes prêts à faire confiance à celui qui dit : « Je suis le chemin ». La prochaine fois que vous vous sentirez perdu, que ce soit intellectuellement, spirituellement ou moralement, rappelez-vous toujours que la foi ne consiste pas à avoir toutes les directions bien en tête. Il s’agit de rester proche du Christ. Le chemin n’est pas un lieu que l’on localise ; c’est une personne que l’on suit. Contrairement à la route d’Atakpamé, c’est un voyage où le guide ne se perd jamais et où ceux qui marchent avec Lui ne se perdront jamais.

Faites toujours confiance à Jésus, le chemin, la vérité, la vie.

Par: Victor Shehu, M.Afr.

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